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par Xavier AIMÉ
et Louis BOUTS

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Il existe un problème presqu'aussi insoluble que de savoir qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier : où est née la première vielle à roue ? Certains la voudraient naître en Auvergne ou en Limousin, d'autres la voient en Espagne ou dans l'Est. Dans tous les cas, une chose est sûre - sans vouloir offenser personne - la Bretagne n'a pas été son berceau. Mais là encore attention aux clichés et aux idées reçues renforcés notamment par la mode actuelle de la musique celtique, ce n'est pas parce que l'on voit le plus souvent les habitants de cette magnifique région jouer du biniou ou de la bombarde que la vielle à roue n'est pas fortement inscrite dans leur patrimoine musical.

D'après les différentes recherches sur les traces de la vielle en Bretagne, il est très difficile de dire si elle a été présente dans cette région avant la Révolution Française. Il faut attendre les années 1830 pour vraiment trouver des vielles à roue, surtout dans la moitié Nord.

Elles sont plates, en forme de guitare (forme "ancestrale"), de petit format, pas encore de factures locales mais en provenance des ateliers de lutherie de Mirecourt ou de Jenzat Quant aux vielles rondes, elles ne sont pas majoritaires en ces années-là.

Ce n'est qu'à partir de la deuxième moitié de XIXe siècle que l'instrument commence véritablement à s'imposer. A cette époque la vielle à roue sert essentiellement à faire danser, avec toutefois une particularité par rapport aux autres contrées françaises : elle est accompagnée par le chant des vielleux.

D'un point de vue organologique, l'instrument possède également quelques caractéristiques locales :

L'usage de la vielle à roue se développe majoritairement dans le Nord Bretagne, dans la région de Saint Brieuc et de Lamballe - où les densités de vielleux sont les plus fortes. On la trouve accompagnée du violon, de la clarinette, de la bombarde ou du biniou, autres instruments bien présents et dont le jeu n'a pas été sans influencer celui de la vielle. D'où peut-être là-aussi une certaine particularité, qui tient dans la complexité et la diversité des ornementations, ainsi que dans la richesse des coups de poignets rythmant passe-pieds, ronds, balancières ou avant-deux. Parmi les maîtres vielleux de l'époque, citons Villedieu, Gouret, Ruellan.

Comme dans beaucoup d'autres régions, la Première Guerre mondiale marquera ici aussi un tournant dans l'Histoire de l'instrument. Les mentalités et les goûts vont changer, et l'accordéon est là !!! Puis ce que 14-18 n'aura pas réussi à détruire, 39-45 l'achèvera. Ce qui était "la vie courante" se trouve désormais transformé et classé en "Folklore", manière de ranger les affaires dans l'immense grenier du passé. Alors qu'en 1930 certains pays de Bretagne comptent autant de vielleux que le Berry, la disparition de l'instrument est quasi totale en 1950. Les Victor Gautier, Louis Gouret ou Adrien Cardin devant des cortèges des mariés se font de plus en plus rares.

Et après ?

Comme un peu partout en France, la vielle à roue va profiter du revival des années 70 pour refaire son apparition, sans pour autant retrouver sa popularité et sa position de jadis. C'est une lutte de tous les jours pour arriver à faire reconnaître son identité propre, surtout face à l'omniprésence de la cornemuse écossaise. Ce travail de longue haleine portera ses fruits en s'ouvrant par delà les frontières. Tout ceci grâce des passionnés comme ceux de l'association des "Vielleux de Bretagne" fondée par Jean Guihard et Simone Morand, sans oublier des groupes comme les Chiens Jaunes, et les luthiers tels Bernard Kerboeuf ou Jean Quémart.


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