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par Sylvain Beaud, vielleux, Le Pâquier, Fribourg, SUISSE
Suisse


L'instrument du diable.

  La musique folklorique suisse ressemblait certainement beaucoup à celle de la France à une certaine époque : cornemuses, vielles et autres instruments faisaient danser la population lors de nombreuses fêtes. La vielle a été jouée en Suisse Romande depuis des temps assez reculés mais elle n'est jamais entrée dans la Tradition. Au même titre que la cornemuse et d'autres instruments populaire, la vielle aurait été interdite en Suisse par l'Église au XVIIe siècle. À cette époque, en véritable gardienne de la Morale, l'Église catholique Suisse avait une influence très pesante sur la population, notamment sur le plan culturel. Toutes fêtes païennes, danses et musiques profanes étaient condamnables. Tout ce qui était interdit par l'Église était banni. Une vieille légende prétend même qu'un cavalier sans tête aurait piétiné des jeunes qui dansaient lors d'un bal un dimanche, en guise de punition pour ne pas être allé à la messe. Beaucoup de traditions anciennes ont alors disparu pour laisser place petit à petit à une Tradition plus en accord avec les valeurs prônées par le clergé comme la Famille, Dieu, ... D'ailleurs, les chants traditionnels collectés aujourd'hui portent encore très nettement cette marque. En raison de sa qualité d'instrument à faire danser, ce qui pour l'Église de l'époque menait tout droit à la débauche, la vielle à roue puis la cornemuse et quelques autres ont été progressivement interdits. Quelques personnes ont cependant conservé la tradition viellistique depuis ces temps reculés pour la faire renaître. Il ne restait alors de la musique traditionnelle que l'éternel ensemble : contrebasse, accordéon et clarinette.

Revival.

C'est dans les années 1960-1970, avec le Genevois René Zosso (chanteur s'accompagnant à la vielle et personnage bien connu dans le milieu viellistique franco-suisse) que l'instrument sort vraiment de son long silence. Joueur ayant influencé bon nombre de vielleux suisse-romands, d'autres personnes ont comme lui beaucoup contribué au revival helvétique de la vielle. On peut citer entre particulier Marcel Karlen qui vit non-loin de la ville de Morges, dans la campagne vaudoise. Déjà passionné de musique modale, son goût pour la vielle s'est pleinement concrétisé avec la rencontre d'un luthier-vielleux d'Argenton-sur-Creuse (France) : André Barbe. Fermant son atelier, ce dernier l'encouragea à apprendre la fabrication de l'instrument. Il y a quelques dizaines d'années des vielles étaient encore fabriquées dans le Canton de Neufchâtel. Aujourd'hui Marcel Karlen vit de la vielle à roue en donnant des concerts, des cours et en vendant les instruments de sa facture.
  C'est avec la rencontre de cet homme que ma passion pour la vielle a débuté. Passionné de musique folk française et médiévale, je me suis décidé à prendre quelques cours chez lui en louant une vielle. Étant pratiquement le seul à dispenser des cours, et malgré la distance, plusieurs vielleux romands font ce même trajet.

Dur, dur d'être un vielleux ... Suisse

Voyez la difficulté à apprendre la vielle dans un pays où elle est presque inconnue de la population (nous serions parait-il quelques centaines en Suisse à pratiquer cet instrument). Lorsque je joue dans les rues des villes de mon canton ( Fribourg - et je suis le seul à en jouer dans mon district ), les gens me demandent si je parle français, si je suis breton ou irlandais ... On peut parfois rencontrer des vielleux d'autres pays qui jouent dans les rues : québecquois, hongrois, français. La Suisse c'est aussi la Suisse allemande ! Elle représente la plus importante partie du territoire et compte une bonne quantité de vielleux ainsi qu'un luthier basé dans le nord du pays. La vielle y a d'ailleurs connu le même sort qu'en Suisse romande (cf. l'instrument du diable).

La vielle à roue a certainement un bel avenir en Suisse car des groupes l'intègrent de plus en plus. On peut citer notamment Montferrine qui fait revivre la musique traditionnelle de Suisse romande et d'alentours. Le groupe utilise la vielle à roue, la mandoline et la mandole, l'accordéon diatonique, le violon, la clarinette et d'autres instruments. Côté suisse allemand, citons les groupes Trio`döh utilisant la vielle, la cornemuse française, l'accordéon et le tympanon, Dodo Hug, et Turikante.

La vielle impressionne jeunes et vieux qui ne la connaissent pas ; ils y portent toujours un intérêt certain. Personnellement je regrette que nous ne soyons pas plus nombreux à pouvoir partager notre passion dans notre petit pays. Mais si des vielleux de Suisse me lisent et désirent prendre contact avec moi ou corriger quelques erreurs, j'en serais très très heureux.


Que la roue tourne sur l'Alpes !

Sylvain Beaud
sbeaud@bluewin.ch



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